| J'ai
reçu les mémoires de Farah Diba, ex-impératrice d'Iran, au moment
même où son pays vit une crise intense entre les rigoristes
et les réformistes autour des élections prévues pour le mois
prochain. Ces mémoires ainsi que la dédicace amicale que m'a
faite l'impératrice m'ont emmené vers une autre époque. Epoque
appartenant à un monde qui semblerait diamétralement différent
du nôtre dans lequel les conflits entre deux camps en Iran ont
pris de l'ampleur, surtout après que l'aile la plus intransigeante
a interdit à l'autre la participation aux élections.
Je
me rappelle avoir rencontré Farah Diba ou Farah Pahlavi — telle
qu'elle préfère qu'on l'appelle — il y a environ un an
et demi. Elle m'avait dit avoir un contact régulier à travers
le courrier électronique avec beaucoup de jeunes en Iran. Des
jeunes qui étaient encore enfants au moment de la révolution
de Khomeini en 1979. Ils aspiraient à un avenir meilleur et
voulaient en savoir plus sur la vérité des événements de 1979.
En
réalité, cette jeunesse dont m'avait parlé Farah Diba représenterait
un soutien véritable à ce qu'il est convenu d'appeler le mouvement
de réforme en Iran. Mouvement qui aspire à une certaine démocratie
et ce, avec le pouvoir des hommes de religion. Mais l'aile rigoriste
résiste encore à cette manière de voir les choses et interdit
aux représentants réformistes de s'engager dans les élections.
Dans la liste des personnes interdites, nous pouvons remarquer
le nom du frère de l'actuel président Khatami en personne.
La crise s'est déclenchée lorsque
le conseil de la sauvegarde de la Constitution, composé de 12
membres, des conservateurs, a refusé la candidature de 877 réformistes.
Un sit-in a été
organisé par des réformistes à l'intérieur du Parlement. Sans
oublier que la candidature de 80 députés de l'actuel Parlement
avait été refusée.
Par ailleurs, 27
gouverneurs ont protesté contre la décision du conseil et ont
menacé dans une missive adressée au président de la République
de démissionner dans le courant de la semaine au cas où le conseil
ne revenait pas sur sa décision. Tout ceci formant les prémices
d'une importante confrontation populaire en Iran. Une confrontation
qui pourrait prendre de l'ampleur et s'étendre aux universités
comme cela avait été le cas auparavant.
Ceci n'est qu'un
nouveau test pour le courant réformiste qui jouit d'une grande
popularité parmi les jeunes. C'est sur eux que misait Farah
Diba pour libérer son pays du pouvoir autoritaire actuel.
Je dis bien « son
pays » bien que l'ex-impératrice d'Iran ne détienne
pas de passeport iranien. Le seul passeport qu'elle détient
étant le passeport égyptien que le président Sadate avait délivré
à sa famille, déchue de la nationalité iranienne. Tous les anciens
alliés du Shah, sans oublier les Etats-Unis, avaient refusé
de faire de même. Notons que la révolution avait accusé le Shah
d'être l'agent des Etats-Unis.
Farah Diba raconte
dans ses Mémoires, publiés récemment en France aux éditions
XO, que le Shah Mohamed Pahlavi, malade du cancer, avait
été accueilli au Caire par Sadate bien que le traitement dont
il avait besoin ne fusse pas disponible en Egypte. Par ailleurs,
la France et la Grande-Bretagne avaient refusé de lui accorder
un visa. Il eut donc recours aux Etats-Unis. Carter avait, après
un temps d'hésitation, accordé un visa de 3 mois uniquement
au Shah et ce, pour des raisons « humaines ».
Selon le récit
de Farah Diba, tout ce qui avait été entrepris depuis leur entrée
aux Etats-Unis avait pour but de faire comprendre au Shah qu'il
était persona non grata. Ainsi, on lui avait demandé
d'aller directement à l'hôpital où il subissait son traitement,
sans être autorisé à en sortir.
Farah se souvient
aussi n'avoir reçu aucun coup de fil pour s'informer de la santé
du Shah, ni n'avoir reçu aucune gerbe de fleurs. Le personnel
médical responsable de son mari agissait de manière agressive.
En effet, la télévision ne cessait de projeter des images de
prisonniers américains détenus à Téhéran. A l'hôpital, le Shah
était considéré comme responsable de ces malheurs.
Dès que les Etats-Unis
ont entamé des négociations avec les mollahs du nouveau régime
en Iran, le Shah a été considéré comme un « prisonnier
virtuel », interdit de circuler et ce, en contrepartie
de la libération des prisonniers américains. Il a donc été transféré
ainsi que son épouse d'abord en dehors de New York dans un endroit
secret, puis vers une base aérienne à San Antonio au Texas où
il a été enfermé dans une pièce sans fenêtres. L'impératrice,
ou la « chahbano » comme on l'appelait à la
cour, était dans une autre pièce dont l'unique porte ne pouvait
s'ouvrir que de l'extérieur. Quelques jours après, on leur ordonna
de quitter le pays. Ils partirent d'abord pour le Mexique temporairement,
ensuite à Panama, pour atterrir enfin en Egypte jusqu'à la mort
du Shah le 27 juillet 1980.
L'ex-impératrice
d'Iran a essayé d'éclaircir de nombreux points concernant le
règne de son mari. Toutefois, elle a rejeté la responsabilité
de certains abus de pouvoir sur le cercle de responsables qui
entourait le Shah et cela dans la tradition d'épouses d'anciens
leaders qui s'insurgent, après le décès de leurs maris, contre
les cercles du pouvoir qui les entouraient.
Farah Diba affirme
dans ses mémoires que son mari ignorait tout de la torture pratiquée
dans les prisons iraniennes contre les opposants politiques.
Ce
n'est donc pas le fait du hasard si l'impératrice vante les
qualités du président Sadate, alors qu'elle s'est abstenue de
parler des autres présidents et des rois qui ont refusé d'offrir
leur aide à son mari après sa chute.
En réalité, les
relations entre l'Egypte et l'Iran s'étendent sur des siècles.
Elles ont connu des moments de rapprochement et des moments
de tension. Farah Diba est la troisième épouse des derniers
empereurs du trône en Iran. La première épouse étant la princesse
Fawziya, sœur du roi Farouq d'Egypte, qui a donné au Shah sa
fille aînée Chahinaz.
Le mariage de Fawziya
et du Shah était une tentative iranienne de se rapprocher de
l'Egypte. Et de même, la République islamique d'Iran désire
aujourd'hui que les relations avec l'Egypte retournent à la
normale. La reine Farida avait protesté en retrouvant en Iran
sous le pouvoir des mollahs une rue portant le nom de « Khaled
Al-Islambolli », l'homme qui a assassiné Sadate. Mais
l'Iran a récemment modifié le nom de la rue pour « les
martyrs de l'Intifada palestinienne ». Nous espérons
que les Etats-Unis, qui suivent les pas d'Israël en considérant
l'Intifada palestinienne comme un mouvement terroriste, ne protestent
pas à leur tour contre la normalisation des relations avec l'Iran
à cause du changement du nom d'une rue.
Ce qui distingue
le plus le livre de Farah Diba est qu'il n'est empreint d'aucun
sentiment d'amertume. Sentiments d'amertume qui ont souillé
les relations égypto-iraniennes durant les dernières années.
L'accueil du Shah par Sadate a suscité la colère du nouveau
gouvernement iranien, alors que Le Caire s'est insurgé contre
le fait de nommer une rue en Iran du nom de Khaled Al-Islambolli.
Farah Diba nous
fait part à travers ses mémoires d'une expérience de vie tragique.
Elle raconte sa trajectoire depuis que, étudiante d'architecture
à Paris, elle se retrouve subitement à l'âge de 19 ans épouse
du Shah d'Iran. Elle relate ensuite sa vie dorée dans les palais
et les méandres de la vie d'exilée. Toutefois, elle réussit
à transcender tout cela en se plaçant le plus honnêtement possible
du côté des faits sans essayer d'apitoyer.
Légende : Les
mémoires de Farah Pahlavi essayent de relater son point de vue
personnel sur les faits qui ont secoué l'Iran, à travers les
années de grandeur et les années de chute et d'exil.
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